HISTOIRE

L’un des touts premiers aéroclubs du sud de la France, historiquement rattaché à la fameuse escadrille de combat Normandie-Niemen.

Créé en 1947, notre Aéroclub a pour nom de baptème « Normandie Niemen », certains pilotes de la célèbre formation de chasse compte parmi les premiers membres de notre aéroclub (De Saint Phalle, Risso). Un bon ami de Marcel Dudognon, le fondateur du club, faisant partie de l’escadrille, lui donna alors l’autorisation d’accoler le nom de Normandie Niemen à celui de l’aéroclub.

Tout comme l’ACA, le « Normandie Niemen » de l’Armée de l’Air a fait son chemin: il est aujourd’hui stationné sur la Base Aérienne 118 de Mont-de-Marsan et équipé de Rafale F3 monoplace depuis le 25 juin 2012.

site de l’escadron : http://rc230-normandieniemen.com

Rafale Neuneu

Auparavant, l’escadron fut stationné sur la Base Aérienne 132 de Colmar Meyenheim, et équipé de Mirage F1 CT, la version chasseur tactique du monoréacteur de Dassault.

L’Aéro-club d’Antibes a été baptisé « Normandie-Niémen », car plusieurs pilotes du Régiment de Chasse étaient parmi les fondateurs. De nos jours, nous avons toujours certains membres du club qui sont des anciens du Régiment de Chasse. Pendant quelque temps, la « petite » aviation garde (officieusement) bien vivantes les traditions de la prestigieuse unité.

 

Patrouille de F1

Patrouille de F1

Le Normandie-Niémen, le régiment de Chasse au passé héroïque, fait partie aujourd’hui des unités de l’Armée e l’Air qui ont été mises en sommeil, restrictions budgétaires obligent. Pour contribuer à ce que ce sommeil ne soit pas trop profond, et en raison des liens anciens qui unissent notre aéro-club à cette unité, nous relatons ci-dessous une visite au Neu-Neu que nous avons pu faire à Colmar, en mai 2008. Par la suite, nous retracerons à grands traits l’histoire récente de cet escadron de chasse.

En mai 2008, le Normandie-Niémen est une unité commandée par le LCL Faivre et qui compte environ 170 personnes, dont 28 pilotes, le tout pour faire voler 20 Mirage F-1CT et quelques F-1B hérités de l’escadron « Alsace », en sommeil depuis peu. L’unité se distingue par les deux missions principales qui lui sont affectées; d’abord l’assaut conventionnel, et ensuite la défense aérienne du territoire.

En effet, même si le F-1CT est un chasseur tactique, le Normandie-Niémen « tient » la permanence opérationnelle sur la base de Mont-de -Marsan, ce qui occupe en permanence deux avions, deux pilotes et cinq mécaniciens. Les équipages tournent chaque semaine pour exécuter cette mission. Rappelons que la permanence opérationnelle consiste à avoir un avion armé prêt à décoller en 7 minutes (en temps de paix) et le second en 15 minutes, pour intercepter un avion non identifié ou qui ne répond pas aux contacts radio.

Mirage F1CT à l'atterrissage

Mirage F1CT à l’atterrissage

photo2_30ql_ag

Une grosse partie de l’activité opérationnelle (30%) du régiment de chasse a lieu en Afrique, où 4 à 6 avions sont déployés en permanence depuis pas mal d’années dans le cadre d’accord bilatéraux de coopération militaire. Récemment, les évènements du Tchad ont éclairé un peu le rôle du Neu-Neu sur ce continent, mais les Mirage bougent pas mal, la Côte d’Ivoire étant aussi un pays fréquenté par les équipages. Au rythme des crises diverses qui émaillent cette partie du monde, les Mirage assurent une présence le plus souvent dissuasive, y compris dans le cas où il faut protéger le déroulement d’opérations humanitaires dans des conditions troublées (comme au Darfour, par exemple). Ils sont dans ce rôle au moins aussi polyvalents que les Jaguar qu’ils ont remplacés.

Bien que le Mirage soit un avion déjà ancien, on fête en 2008 ses 35 ans de service au Normandie-Niémen, il n’en reste pas moins un chasseur tactique performant capable de délivrer différents armements air-sol tout en assurant sa propre protection. Un des arguments les plus convaincants de l’avion est sa capacité d’emporter les bombes guidées laser, dont la précision est décamétrique avec les kits de guidage Paveway 2 ou 3. Les bombes classiques (non guidées) ont, elles, un CEP (cercle d’écart probable) de 30 mètres. Le F-1CT et ses équipages sont capables d’assurer la mission d’appui tactique de jour comme de nuit, grâce à des équipements de navigation comprenant une centrale inertielle couplée à un GPS, et à une adaptation aux JVN (jumelles de vision nocturne).

photo8_f1_salon

F1 quittant son arche de protection

F1 quittant son arche de protection

La mission typique du Normandie-Niémen consiste en une pénétration vers l’objectif à basse altitude (500 pieds) et haute vitesse (450 noeuds) et elle dure environ 1h30, voire plus en cas de ravitaillement en vol. La configuration usuelle de l’avion est alors de deux bombes sous les ailes, d’un bidon de pétrole de 2200 litres (dit « irakien ») en position ventrale, et de dispositifs d’auto-protection comprenant le détecteur de menaces « Sherloc », le brouilleur « Barracuda », le lance-paillettes « Phimat » et les lance-leurres infrarouges. L’avion peut alors frapper à près de 800 km de sa base et y revenir.

Parmi les pilotes de l’escadron, 16 sont chefs de patrouille ou CP (capables d’emmener un disposifif de 4 avions et d’organiser une mission), 3 sont sous-CP (ils exécutent les missions et sont leader de 2 appareils), et 3 sont PO (pilotes opérationnels). Il y a aussi 3 pilotes en instruction: fraîchement issus de Cazaux, ils suivent un programme de 12 heures sur F-1B avant d’être lâcher sur monoplace. Notons que l’aspect « monoplace »‘ est un des attraits particuliers du Normandie-Niémen: il y a maintenant dans l’Armée de l’Air davantage d’unités de combat équipées de biplaces, comme les 2000N, 2000D ou une grande partie de la flotte de Rafale. Certains des jeunes pilotes choisissent le Neu-Neu pour cette raison. Depuis quelques années, les femmes ne sont pas en reste, puisque l’on compte en mai 2008 deux pilotes du beau sexe au Neu-Neu.

Pilote de F1 au féminin

Pilote de F1 au féminin

photo4_faivre_ag

Jusqu’à ce qu’il soit qualifié CP, le pilote est noté à chaque mission, on l’ignore souvent: la notation se fait sur 4 niveaux, du bleu (très bon) au rouge (mauvais). Attention à ne pas aligner deux « rouges » de suite. Le pilote de chasse est donc quelqu’un qui doit bien supporter le stress que ce soit durant sa formation en unité, ou dans la préparation et l’exécution des missions. Forcément, naviguer en basse altitude par temps nuageux est un « sport » nécessitant un très haut niveau d’entraînement car le F-1CT n’a pas de fonction de suivi de terrain automatique; il faut aussi éviter les pièges de l’adversaire, viser juste, puis rentrer, avec au besoin un ravitaillement en vol pas forcément « relax », et finir éventuellement par un atterrissage de nuit, cela demande « un certain sang-froid ».

En sommeil depuis le 4 juillet 2009, le Normandie-Niémen a légué ses Mirage aux deux escadrons de la base de Reims, le « Savoie » et le « Belfort » qui volent habituellement sur F-1CR, la version du Mirage spécialisée dans la reconnaissance. Les F-1CT, qui comptent entre 4900 et 6700 heures de vol, et les F-1B viendront épauler pendant quelques années les avions de reco, mais ce sera sans le « Neu-Neu ». En attendant que le prestigieux Régiment de Chasse ne se réveille, gardons bien vivant le souvenir de cette unité unique par son histoire et par sa valeur.

photo9_f1jeansalon

Remerciements: Lt Aune et le service des relations publiques de la BA-132 de Colmar. Le LCL Faivre, le Cdt Jung et le Cne Daniel, et tout le Normanie-Niémen, pour leur accueil chaleureux.

 

normandieniemen

Normandie Niemen

Mais revenons sur les débuts du Groupe de Chasse, en ces temps tragiques et héroïques de la seconde guerre mondiale….
Le général de Gaulle propose en décembre 1941, l’envoi d’une escadrille de chasse française en URSS, afin de venir en aide à l’armée soviétique. Début 1942, Français et Soviétiques s’accordent sur l’envoi de cette escadrille, et les 12 premiers volontaires quittent Londres le 17 août. Le groupe de chasse n°3 « Normandie » est formellement créé le 1er septembre sous le commandement du commandant Pouliquen. Il s’en suit l’arrivée de nombreux volontaires, pilotes et mécaniciens, puis un long voyage en train et en avion qui les mène à Bakou en URSS via Téhéran (Iran).

L’entraînement à Ivanovo sur Yak 7 est suivi de la prise du commandement par le commandant Tulasne le 22 février 1943, puis le départ pour le front le 22 mars avec une dotation en Yak-1. La première victoire aérienne d’une longue série intervient le 5 avril; il s’agit d’un Focke-Wulf 190 abattu par Preziosi et Durand. La campagne de 1943 suit son cours, au rythme des victoires et des pertes. En mai 1943, le maréchal Keitel, chef de l’état-major allemand, signe un ordre stipulant que tout pilote du « Normandie » fait prisonnier doit être fusillé. Le 17 juillet, le commandant Tulasne est porté disparu en combat aérien; le commandant Pouyade prend le commandement. Arrivent alors les premières décorations: le 3 août, remise des premières décorations soviétiques. Le 22 septembre, le groupe revendique 9 victoires en combat contre 0 pertes. Le 11 octobre, le groupe est fait Compagnon de la Libération par le général de Gaulle. Enfin, le 6 novembre 1943, le groupe, qui compte alors 72 victoires, est replié à Toula pour l’hiver avec ses 6 pilotes survivants.

Au début de l’année 1944 le groupe devient « régiment » et gagne une quatrième escadrille. Après l’entraînement à Toula, c’est le début de la seconde campagne, avec cette fois une autre variante du monomoteur Yakovlev, le Yak-9. La campagne de 1944 est marquée, outre les victoires et les pertes, par la remise par Staline du titre de « Niemen » pour la part prise dans la bataille capitale pour le franchissement de cette rivière. Le 27 juin 1944, le groupe parvient à abattre 7 avions allemands et déplore la perte de deux des siens. Le 16 octobre, c’est le début de l’offensive de Prusse: le régiment abat 29 avions ennemis dans la journée sans subir de pertes (fait quasiment unique dans les annales). En novembre 1944, les français se posent pour la première fois sur le sol allemand. La fin de l’année 1944 est marquée par la permission du commandant Pouyade qui rentre en France, puis par le retour en France des « anciens » du régiment.

Yak

Yak

Yak

Yak

La troisième campagne commence alors pour le Normandie Niemen, avec cette fois la version Yak-3 du chasseur russe; elle s’achève le 9 mai 1945 avec la fête de la Victoire à Heilengenbeil en Prusse-Orientale. Le 1er juin, Staline offre à la France les 40 Yak 3 du régiment. Enfin, le 20 juin, le régiment arrive au Bourget où l’accueil populaire est triomphal. Il totalise 273 victoires homologuées, dont 206 contre des avions de chasse, rendues possible par le sacrifice de 31 pilotes (sur 100 engagés), sans compter les nombreuses pertes au sol, notamment parmi les mécaniciens qui furent en majorité soviétiques.

Si toutes les formations aéronautiques des FAFL peuvent s’enorgueillir d’un parcours glorieux, l’aventure du Normandie Niemen reste exceptionnelle. C’est pour cela que le souvenir de cette épopée est resté vivace : même pendant la guerre froide, l’Union soviétique et la France en ont célébré la mémoire.

Yak

Yak

(éléments du récit collectés sur www.mediares.fr, photos issues de ce site et du site Airliners.net)

Les commentaires sont clos.